Ce que dit le critique ouvert à l’effet esthétique et la sensibilité latino caribéenne.

Léonel Jules

Couleur, calligraphie, plaisir

Par André Seleanu, critique d’art

Léonel Jules fait des clins d’oeil à l’histoire de la peinture ainsi qu’à la peinture contemporaine.  Mais n’imaginez pas qu’il se laisse faire prisonnier de quelle école, convention ou carcan que ce soit.  Car c’est un danseur à la fois dans son salon, dans une discothèque, dans une salle de danse, autant que sur ses toiles.  Il danse à son rythme autour de la peinture moderne et contemporaine : ici on voit des troncs de colonnes et d’autres éléments architecturaux tels dans la trans-avangarde italienne, des papiers ou morceaux de toile collés comme chez Picasso et Braque, là des volutes calligraphiques, des tracés qui se cabrent et se recroquevillent sur eux-mêmes, à la Cy Twombly.

Chanson, danse, mouvement jubilatoire, délectation : c’est toute une approche à la vie que nous font sentir les toiles de Léonel Jules.

L’homme est comme ça : devant les circonstances de la vie, il chante.  Les couleurs supposées froides, le vert, le bleu sont chaudes dans sa palette.

La danse n’est pas européenne et coordonnée, mais rythmique, décentrée, inconstante, surprenante : danse antillaise aux racines africaines, en effet.  La couleur et la ligne évoluent parfois en tandem, parfois séparément, le tableau est à la fois fragmenté et unitaire.  L’espace, l’objet du tableau, la couleur sont presque autonomes l’un de l’autre.  Toujours il y a une délectation de l’élément décoratif car le peintre s’amuse en peignant avec la couleur, la ligne ondulatoire et serpentine qui se plie sur elle-même et le détail décoratif souvent sous forme de dorure.  Parfois la couleur prend le dessus sur la ligne, parfois c’est la calligraphie qui fait de l’ombre à la couleur.  Le soleil lave les tableaux, et nulle part davantage que dans Dessein de la lumière.  Il y a cette chaleur mésoaméricaine, celle des roses et violets qui évoquent Rufino Tamayo en Extase cosmique.  Dans le coin gauche en bas, il y a un véritable incendie… orange-bordeaux.  Les signes foisonnent, mais dans ce plaisir de peindre ils chantent individuellement des mélodies différentes.

Léonel Jules nous propose un style en constante transformation, qui reflète un esprit à la fois jubilatoire et inquiet, tributaire à la mémoire d’Haïti et ancré dans le présent montréalais, dont l’amusement vient en grande partie d’en dedans sans trop se soucier des aléas et surprises réservés par la vie.