Monique Brunet Weinmann: Le livre et La poésie et livre d’artiste

J’ai plusieurs événements intéressants à vous annoncer pour le mois de Février: il semble que tout arrive en même temps !
Dans le cadre de l’expo consacrée à l’estampe chez Éric Devlin (voir ci-dessous) aura lieu le lancement d’un livre d’artiste sur un des poèmes de ma suite Exil, le 16 février de 17 à 19 heures ( voir ci-dessous).

Au vingtième siècle, l’Atelier Lacourière et Frélaut a été le haut lieu de l’excellence en gravure.  Situé sur la butte Montmartre à Paris, c’est là qu’a été imprimée la suite Vollard de Picasso.  Le jeune Soulages y réalise ses premières eaux-fortes qui marqueront l’histoire de la gravure et Zoran Music y gravera sa terrible suite « Nous ne sommes pas les derniers ».  Louis-Pierre Bougie était également un habitué des lieux et il y réalisera ses plus grandes planches. Il se liera d’amitié avec un des imprimeurs, François-Xavier Marange, qui viendra s’installer à Montréal et donner l’essor que nous connaissons à l’atelier Circulaire. Bougie y rencontrera un autre grand artiste :  Martin Müller-Reinhart.  Nous vous convions donc à parcourir cette histoire au travers de quelques planches marquantes.

Marcel Barbeau 1925 – 2016

SYNTHÈSE ET ÉMERVEILLEMENT

MARCEL BARBEAU : DYNAMIQUES DU REGARD 1945-2015

Exposition retrospective du 70ème anniversaire de carrière de l’artiste

Galerie Michel-Ange

430 Rue Bonsecours, Montréal, QC

H2Y 3C4

Tel. 514 875-8281

www.michel-ange.net

du 18 octobre au 18 novembre 2015

Par André Seleanu

Marcel Barbeau est en train de nuancer, d’ajouter de nouvelles dimensions à son caractéristique univers de signes et de symboles. Le champ symbolique que l’artiste développe depuis 1945 – c’est-à-dire du moment quand il a commencé à peindre – devient plus complexe… Et ceci en dépit des années qui inexorablement s’accumulent. À quatre-vingt-dix ans, il n’est point découragé par la maladie et des séjours à l’hôpital. Il ajoute des volets à son oeuvre: voilà le miracle.

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Le monde de l’art, les gouvernements lui présentent leurs hommages. En 2013, Barbeau recevait le Prix du gouverneur général du Canada, ainsi que le Prix Paul-Émile-Borduas décerné par le gouvernement du Québec. Au printemps de 2015, Barbeau, signataire en 1948 du manifeste Refus global, devenait officier de l’Ordre national du Québec. Afin de saluer ces acquis, en automne 2015, la galerie Michel-Ange, sous le titre Dynamiques du regard, présente une rétrospective de carrière qui réunit des oeuvres créées par Barbeau dès le début; Oeuvre qui se déploie dans tous les média : la peinture, la gouache, dessin, sculpture…

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L’artiste réussit à faire échec à l’affaiblissement physique en restant maître de son énergie créatrice. À ses côtés se retrouve son épouse, l’histrorienne de l’art Ninon Gauthier. Il est également aidé par un jeune sculpteur français qui prépare ses toiles, qui améliore les conditions quotidiennes de son travail.  L’étonnante énergie psychique du peintre surprend son épouse: “La passion, c’est ce qui maintient Marcel Barbeau. Quand il s’approche du chevalet, ses yeux s’éclaircissent: il y a une urgence incroyble”. Dans cette récente période de recherche picturale, la littérature et la musique sont au rendez-vous, comme toujours. Ninon Gauthier s’explique: “Marcel lit les oeuvre de Marie Ugauy, Hélène Dorion, Paul Éluard.” Autant que dans le passé, son oeuvre entretient d’ineffables rapports avec la musique contemporaine: Barbeau écoute Stockhausen, Boulez, Dufour, Messien… On ressent ses champs chromatiques comme étant en vibration au diapason des signes, des éclats, des taches picturales…

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“Marcel Barbeau est allé au bout de lui-même, parfois contre les attentes du marché”, explique Ninon Gauthier. L’artiste ne s’est pas laissé emprisonner par la formule picturale, par la marque personnelle, mais il est allé au bout de ses explorations, quitte à rester parfois incompris. “Ce qui caractérise cette dernière phase de création de Barbeau, c’est l’équilibre pictural, la légéreté de l’écriture, le flottement…”, continue Madame Gauthier. “La qualité de l’émerveillement, c’est sa signature. Le flottement, oui, mais aussi la force – et la délicattesse”. Les toiles de Barbeau depuis 2011 réunissent la totalité de ces caractéristiques. Lune en notre mémoire (2013), Sur la route de Cordoue (2014), Chevelure d’or claire (2014), sans exception – et avec une égale qualité – font preuve d’un envol lyrique – qui plus est, très contrôlé – toujours en correspondance avec les autres périodes de création de Marcel Barbeau. Pour lui, l’oeuvre est un projet de vie: tout est cohérent, tout communique. Pour choisir des titres – qui augmentent la signification poètique des oeuves – Barbeau ouvre le dictionnaire – et il fait des associations de mots et d’images, ajoute Ninon Gauthier. Procédé à saveur surréaliste… Ces tableaux entretiennent des rapports entre eux – tels des mouvements qui s’enchaînent dans une oeuvre musicale.

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La dernière période de Barbeau constitue un mouvement de synthèse qui relève de l’énergie dialectique de la peinture de Barbeau au fil des ans. Au cours de sa carrière, il a toujours accompli un va-et-vient entre le geste, la tache et les formes géométriques. Maintenant, Barbeau utilise la tache, les couleurs complémentaires, pour créer une vibration lumineuse; il place dans certaines toiles la composition sur les marges -ou encore celle-ci glisse vers les marges – “afin de repousser les limites de l’espace et de ce qui est permis”, selon l’expression de son épouse. Les images à l’intérieur même des taches – ainsi que la disposition des marques plus petites dans les toiles intitulées Sur la route de Cordoue, Éclat bleu-fauve, Chevelure d’or claire – entretiennent mutuellement des rapports analogiques qui suggèrent des formes de l’ordre des configurations fractales. C’est la grande respiration de l’espace plastique, l’énergie subtile de la composition qui impressionnent. Des événements picturaux se développent. “Dès le début, Marcel est fasciné par le Cosmique”, de dire Ninon Gauthier. “Il y a une spiritualité chez Barbeau, un appel au devenir de l’humanité. La joie est très importante dans son oeuvre. Sa peinture constitue un geste de victoire contre les infortunes de la vie.”

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